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Péritonite aiguë : ventre de bois, chirurgie & rôle soignant

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  • Péritonite aiguë : ventre de bois, chirurgie & rôle soignant
Péritonite causes, symptômes et évolution

⚠️ Avertissement Médical (Disclaimer)

Les informations et outils mis à disposition sur Beinfirmier.com sont rédigés à des fins pédagogiques, éducatives et de formation continue. Ils sont destinés à accompagner les étudiants et soignants dans leur apprentissage, mais ne remplacent en aucun cas un diagnostic médical, une ordonnance ou l’avis direct d’un médecin ou d’un spécialiste.

La péritonite aiguë est une inflammation ou une infection aiguë, diffuse ou localisée, de la séreuse péritonéale. Elle représente l’une des urgences chirurgicales abdominales les plus fréquentes et les plus graves. En l’absence d’une intervention thérapeutique médico-chirurgicale précoce, son évolution spontanée est constamment fatale par défaillance multiviscérale et choc septique.

La séreuse péritonéale possède une immense surface d’échange (équivalente à la surface corporelle cutanée, soit près de 1,7 à 2 m²). La pullulation bactérienne et l’agression chimique y provoquent une exsudation liquidienne massive créant un troisième secteur liquidien responsable d’une hypovolémie sévère, couplée à une résorption systémique massive d’endotoxines bactériennes.

1. Classification Nosologique des Péritonites

Sur le plan étiologique et physiopathologique, la chirurgie moderne distingue trois grandes entités :

  • Les péritonites primitives (ou spontanées, 1 à 2 %) : Infection monomicrobienne survenant par dissémination hématogène ou translocation sans perforation ni foyer intra-abdominal primitif évident. Le tableau type est l’Infection Spontanée du Liquide d’Ascite (ISLA) chez le patient cirrhotique ou les péritonites à pneumocoque chez l’enfant néphrotique. Leur prise en charge est avant tout médicale (antibiothérapie sans laparotomie systématique).
  • Les péritonites secondaires (plus de 90 % des cas) : Urgence chirurgicale absolue causée par la rupture ou la perforation d’un viscère intra-abdominal creux (perforation ulcéreuse, diverticulaire) ou par la diffusion d’un foyer infectieux locorégional nécrosé (appendicite gangrenée, cholécystite suppurée, salpingite).
  • Les péritonites tertiaires : Infections intra-abdominales persistantes ou récidivantes au-delà de 48 heures après un traitement chirurgical et antibiotique bien conduit, souvent dues à des germes opportunistes ou multirésistants (BMR, Candida) chez des patients d’anesthésie-réanimation débilités.

2. Tableau Comparatif des Principales Étiologies Chirurgicales

Étiologie Mécanisme Causal Mode de Début & Clinique Particularités Imagerie / Liquide
Perforation d’Ulcère Gastro-Duodénal (UGD) Rupture de la paroi gastrique ou bulbaire duodénale libérant le suc gastrique acide très agressif. Début brutal « en coup de poignard » épigastrique. Phase initiale chimique pure très douloureuse puis surinfection bactérienne secondaire après 6 heures. Pneumopéritoine massif (croissant gazeux sous-diaphragmatique bilatéral visible à la radio). Liquide louche ou verdâtre.
Péritonite Appendiculaire Perforation d’une appendicite aiguë purulente ou rupture secondaire d’un abcès appendiculaire cloisonné. Début progressif à la fosse iliaque droite s’étendant à tout l’abdomen en 24 à 48 heures. Fièvre élevée (> 38,5°C – 39°C). Présence d’un stercolithe appendiculaire, épanchement liquidien abondant, absence classique de volumineux pneumopéritoine.
Perforation Diverticulaire Colique Diverticulite sigmoïdienne compliquée de perforation (stade IV de Hinchey : péritonite stercorale). Douleur initiale en fosse iliaque gauche chez un patient souvent de plus de 50 ans, basculant rapidement vers un choc septique hyperthermique. Pneumopéritoine et épanchement fécaloïde purulent. Risque infectieux extrême (germes anaérobies et entérobactéries).
Péritonite Postopératoire Désunion d’anastomose digestive, brèche viscérale thermique non vue au cours d’une cœlioscopie ou lâchage de suture. Survenue insidieuse entre J3 et J7 postopératoire : reprise impossible du transit, iléus prolongé, fébricule inexpliquée, tachycardie, oligurie. Scanner abdomino-pelvien injecté indispensable pour faire la différence avec les suites opératoires simples.

3. Sémiologie Clinique : La Triade Diagnostique Majeure

A. Signes Fonctionnels

  • La Douleur Abdominale : Maître-symptôme présent dans 100 % des cas. Elle est aiguë, continue, intolérable, majorée par la moindre secousse, la toux ou la palpation. Elle peut débuter dans un territoire précis (épigastre pour l’ulcère, fosse iliaque pour l’appendicite) avant de submerger l’ensemble de l’abdomen. Des douleurs projetées aux épaules (omalgies par irritation phrénique diaphragmatique) sont fréquentes.
  • Arrêt du transit et troubles digestifs : Nausées et vomissements alimentaires puis bilieux, suivis d’un arrêt complet et précoce des matières et des gaz par iléus paralytique réactionnel réflexe. Parfois, une fausse diarrhée motrice irritative peut égarer le diagnostic au tout début.

B. Signes Physiques : L’Examen au Lit du Patient

L’examen clinique abdominal apporte la certitude diagnostique avant même toute imagerie :

  • L’inspection : Le patient est immobile, pâle, angoissé, allongé en chien de fusil pour détendre la paroi abdominale. La respiration est superficielle, strictement thoracique : l’abdomen ne participe plus aux mouvements respiratoires.
  • La Palpation (Le signe cardinal) :
    ⚠️ LA CONTRACTURE ABDOMINALE (« VENTRE DE BOIS ») :
    Tension musculaire involontaire, permanente, invincible, généralisée et douloureuse des muscles de la paroi abdominale antérieure sous la main de l’examinateur. Elle traduit l’irritation directe du péritoine pariétal et constitue le signe pathognomonique de la péritonite généralisée. À un stade moins avancé, on observe une défense abdominale (contraction réflexe déclenchée par la palpation mais cédant à la douceur).
  • La Percussion : Met en évidence une disparition de la matité pré-hépatique remplacée par un tympanisme anormal (traduisant l’interposition d’air sous-diaphragmatique en cas de perforation), couplée à une matité déclive des flancs confirmant l’épanchement liquidien péritonéal.
  • Les Touchers Pelviens (Toucher Rectal / Vaginal) : Révèlent une douleur syncopale exquise provoquée par la pression du doigt au fond du cul-de-sac de Douglas (le « cri du Douglas »), zone la plus déclive du péritoine où convergent pus et sang.

C. Signes Généraux de Gravité (Retentissement Systémique)

  • Fièvre élevée oscillant entre 38,5°C et 40°C avec frissons, ou à l’inverse hypothermie (< 36°C) témoignant d’un sepsis sévère dépassé.
  • Tachycardie sinusale supérieure à 100-110 bpm, pression artérielle initialement normale puis effondrée avec pincement de la différentielle.
  • Signes d’hypoperfusion périphérique : marbrures aux genoux, extrémités froides et cyanosées, oligurie (< 0,5 ml/kg/h) traduisant l’amorce du choc septique.

4. Examens Complémentaires et Démarche Diagnostique

Le diagnostic de péritonite est clinique. Les examens complémentaires ne doivent sous aucun prétexte retarder l’alerte chirurgicale et la réanimation :

A. Bilan Biologique d’Urgence

  • NFS : Hyperleucocytose majeure à polynucléaires neutrophiles (> 15 000 à 20 000/mm³), ou leucopénie de mauvais pronostic chez le sujet âgé ou immunodéprimé.
  • Marqueurs inflammatoires : Élévation explosive de la CRP et de la procalcitonine (PCT).
  • Retentissement métabolique : Élévation des lactates artériels (> 2 mmol/l) signant l’hypoxie tissulaire périphérique, insuffisance rénale aiguë fonctionnelle (élévation de l’urée et de la créatinine par déshydratation du 3e secteur), acidose métabolique aux gaz du sang.
  • Bilan préopératoire : Bilan d’hémostase complet (TP, TCA, fibrinogène), deux déterminations de groupe sanguin et RAI valides.

B. Imagerie Médicale

  • Tomodensitométrie Abdomino-Pelvienne avec injection (Scanner / TDM) : C’est aujourd’hui l’examen de référence chez le patient hémodynamiquement stable. Il localise le siège de la perforation, met en évidence le pneumopéritoine même minime (bulles gazeuses extra-digestives), quantifie l’épanchement péritonéal et visualise les épaississements pariétaux digestifs ou abcès profonds.
  • Radiographie de l’Abdomen Sans Préparation (ASP debout prenant les coupoles) : Réalisée si le scanner n’est pas immédiatement accessible. Elle recherche le classique croissant aérique inter-hépato-diaphragmatique unilatéral ou bilatéral (signe de perforation d’organe creux).

5. Rôle et Protocole Infirmier de Prise en Charge d’Urgence (Phase Préopératoire)

Dès la suspicion clinique de péritonite, l’infirmier(e) applique une stratégie de réanimation médicale pré-interventionnelle en collaboration étroite avec le chirurgien et l’anesthésiste-réanimateur :

  1. Mise en condition immédiate :
    • Repos strict au lit en position demi-assise pour faire refluer le liquide purulent vers le cul-de-sac de Douglas déclive et limiter l’absorption toxinique sous-diaphragmatique.
    • Jeûne strict absolu : Arrêt immédiat de toute boisson et alimentation orale.
    • Oxygénothérapie au masque à haute concentration adaptée pour maintenir une SpO₂ > 95 %.
  2. Sécurisation des Voies d’Abord et Remplissage Vasculaire :
    • Poser immédiatement deux voies veineuses périphériques de gros calibre (16G ou 18G).
    • Démarrer un remplissage vasculaire rapide par cristalloïdes isotoniques (NaCl 0,9 % ou Ringer Lactate) sur prescription pour corriger l’hypovolémie et rétablir la pression de perfusion d’organe.
  3. Pose d’une Sonde Naso-Gastrique (SNG) en aspiration douce :
    • Évacue la stase gastrique et soulage la distension abdominale.
    • Sécurité anesthésique majeure : Réduit considérablement le risque d’inhalation bronchique massive de liquide gastrique au moment de l’induction anesthésique au bloc (syndrome de Mendelson).
  4. Pose d’une Sonde Vésicale à demeure :
    • Monitorage horaire de la diurèse (objectif > 0,5 à 1 ml/kg/heure) pour guider le débit du remplissage vasculaire et surveiller la fonction rénale.
  5. Antibiothérapie Probabiliste IV d’Urgence :
    • Instaurée immédiatement après la réalisation des hémocultures (« Golden Hour » de la réanimation septique).
    • Cible les entérobactéries, les streptocoques et les germes anaérobies intestinaux (ex. association Amoxicilline/Acide clavulanique ou Céfotaxime + Métronidazole + Aminoside en dose unique selon protocole local).

6. Traitement Chirurgical : Principes Fondamentaux au Bloc Opératoire

La chirurgie est le seul traitement curatif de la péritonite secondaire. Réalisée sous anesthésie générale par laparotomie médiane (ou par cœlioscopie chez des patients sélectionnés stables), elle répond à 4 impératifs chirurgicaux immuables :

  • 1. Éradication ou contrôle de la source infectieuse :
    • Appendicectomie pour l’appendicite perforée.
    • Suture simple de la perforation ulcéreuse protégée par une épiplooplastie (patch d’épiploon).
    • Pour les perforations coliques en milieu septique purulent : contre-indication formelle aux anastomoses digestives directes (risque majeur de lâchage de suture). Réalisation d’une résection du segment malade avec stomie d’extériorisation digestive temporaire (intervention de type Hartmann avec colostomie terminale).
  • 2. Toilette et lavage péritonéal exhaustif :
    • Lavage mécanique abondant de l’ensemble de la cavité abdominale et de tous ses récessus (sous les coupoles, gouttières pariéto-coliques, cul-de-sac de Douglas) avec 6 à 10 litres de sérum physiologique tiède, jusqu’à restitution d’un liquide parfaitement limpide.
    • Prélèvement bactériologique systématique du pus péritonéal pour examen direct, culture et antibiogramme.
  • 3. Drainage de la cavité péritonéale : Mise en place de drains chirurgicaux souples (drains de Blake ou lames multitubulées) dans les zones déclives pour évacuer les exsudats résiduels.
  • 4. Surveillance post-opératoire continue : Poursuite de l’antibiothérapie adaptée aux germes identifiés, surveillance du réveil en SSPI/réanimation, maintien de la sonde naso-gastrique jusqu’à reprise formelle du transit et réhabilitation précoce.

Références Bibliographiques et Recommandations Cliniques

  1. Société Française de Chirurgie Digestive (SFCD) & SFAR : Recommandations de bonnes pratiques : Prise en charge des péritonites communautaires de l’adulte.
  2. World Society of Emergency Surgery (WSES) : WSES guidelines for management of intra-abdominal infections, World Journal of Emergency Surgery.
  3. Haute Autorité de Santé (HAS) : Indicateurs de prise en charge et de sécurité des urgences médico-chirurgicales abdominales.
  4. Collège Français de Chirurgie Générale, Viscérale et Digestive (CFCGVD) : Urgences chirurgicales viscérales – Référentiel national, Elsevier Masson.

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